Musique

L’histoire des luttes décoloniales et panafricaines en musique

« La France a des problèmes de mémoire, elle connaît Malcom X mais pas Frantz Fanon, pas le FLN, connaît les Blacks mais pas les Noirs », rappelle Rocé en 2006 dans l’album Identité en crescendo. Douze ans plus tard, l’artiste apporte une réponse à ces « problèmes de mémoire » avec le projet Par les damné.e.s de la terre. Des voix de luttes 1969-1988, qui sort le 2 novembre prochain en autoproduction chez Hors-cadres.

Une compilation de 24 titres interprétés pendant cette période des décolonisations et de la Guerre Froide. Des morceaux qui, ensemble, racontent une histoire de convergences des luttes, éclairantes pour penser le présent. Rencontre avec Rocé, qui avait, pour Afriscope, l’année passée raconté en quelques chroniques l’histoire de plusieurs morceaux de ce projet.

 « Par les damné.e.s de la terre », le titre de cet album qui réunit  des titres, dont certains inédits, sortis entre les années 1969-1988 fait référence à une œuvre majeure du psychiatre anticolonialiste et indépendantiste, Frantz Fanon, Les damnés de la terre, publié en 1961. Qui sont les damné.e.s de la terre ? 

Dans ce projet ce sont tous les exilés, les colonisés, les ouvriers, les pauvres, les subalternes. Ce sont tous ces gens dont l’histoire ne parle pas. Qui n’ont pas leur histoire. Qui n’ont pas leur mot à dire. Qui n’ont pas la parole.

Ça fait longtemps que ce projet mûri dans sa tête. Aurélien, un ami disquaire aux puces de Clignancourt (Paris 18e) l’a fait écouter un morceau sur un 45 tours, début 2000, du béninois Alfred Panou. Un morceau qu’il a fait avec l’Art Ensemble of Chicago, célèbre groupe de free jazz contemporain américain. En l’écoutant, il s’est dit : « c’est du rap ! » A cette époque, le slam – le texte clamé – était alors à la mode. Dans la même dynamique je découvre Colette Magny, avec un morceau « Répression » enregistré avec des musiciens de free jazz. Colette Magny, française, était quelqu’un de très engagée, qui jouait dans les usines en grève, qui avait des textes sur les luttes de décolonisations et sur celles du monde ouvrier.

Selon lui, ces morceaux c’est l’histoire sous l’histoire de la musique, l’histoire sous l’histoire. Je réalise alors que leurs préoccupations, celles de ces « damnés de la terre » sont aussi celles de nos générations. Les années soixante sont des modes d’emploi pour aujourd’hui. Des modes d’emploi qui ont été enfoui.  Ça m’a pris une dizaine d’années de creuser cette intuition pour en faire un projet. C’est un travail archéologique sur le disque vinyle. C’est ce qui m’a tout appris, m’a fait tout comprendre. Et je me suis appuyé sur l’aide de deux historiens passionnés et connaisseurs de musique : Amzat Boukari Yabara, spécialiste du panafricanisme et Naïma Yahi, spécialiste des exils et des migrations. Ils ont écrit le livret du disque.

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